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  Attention ! Usure !                                           B. Le Borgne 
  Réformes, vous avez dit réformes                G. Bertili
  À propos d'un vrai faux débat                        R. Mallerin
  À propos de préventions et de limites                       R. Mallerin

 

ATTENTION ! USURE

 

 

Le 14 novembre, un courrier des ministres (De Robien et Begag) demandait aux recteurs, de désigner un collège par académie (19 sont concernées) dans lequel sera lancée dès janvier l’expérimentation « Relever le défi de l’égalité des chances en ZEP-REP ».

 

Le 13 décembre, une conférence de presse de M. De Robien, présentait des propositions de relance de l’Education Prioritaire. (celle qui est ignorée depuis 1998 et que l’on ressort pour calmer les « banlieues » ou contrarier celui qui voulait son dépôt de bilan).

 

En janvier, les syndicats font  des propositions lors de rencontres bilatérales avec le ministre et le SNES diffuse sa liste des collèges « ambition-réussite ».

 

Dès la fin novembre, le collège que je dirige a été sollicité pour être terrain de l’expérimentation. Il était alors repéré, par la direction de l’évaluation et de la prospective, comme « l’un des 133 collèges ZEP-REP les plus en difficulté ».

Depuis, alors que nous tentons de trouver du temps pour préparer ce qui nous permettrait de « Relever le défi de l’égalité des chances », la communication de l’Education Nationale est en ébullition :

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Plus de ZEP, d’établissements sensibles ou de zone violence mais des EP1, EP2, EP3.

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Une promesse d’efforts pour les établissements classés EP1, rebaptisés « ambition-réussite » et au nombre de 150 à 250, suivant les annonces.

 

Dans la liste créée par le SNES et reprise par la presse le collège n’est pas ! Aurions-nous si bien réfléchi, en un mois, que les résultats scolaires ont fait des progrès et que les difficultés sociales se sont estompées ?

A moins que les informations diffusées ne soient pas fiables … Ce serait surprenant …

 

Au delà de cette interrogation mesquine, je voudrais redescendre au niveau de l’établissement et pointer les contradictions et interrogations dans lesquelles nous tentons de nous organiser :

 

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Avant tout, LA référence : tout les projets visent à ce que les élèves acquièrent le « socle commun ». Innover en matière d’organisations et de démarches pédagogiques, pour atteindre un but inconnu, n’est pas des plus simples. 

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Nos élèves ont besoin de se confronter au travail scolaire, effort intellectuel, de concentration et à réussite difficile. Si cette mise au travail était simple à réaliser, nous n’en serions pas à nous inquiéter de leurs résultats scolaires. Mais, savons-nous faire ?

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C’est cette réflexion que demandent avant tout les enseignants, plutôt sous forme de recherche-action, ce qui nécessite du temps et une aide attentive et régulière des corps d’inspection. Avons-nous les moyens de cette formation ?

 

Les élèves en difficulté seront pris en charge dans le cadre de l’aide individualisée, de PPRE. Ils seront maintenus dans le groupe classe mais gérés en groupe de compétences. Ils bénéficieront, obligatoirement comme tous les élèves, d’études accompagnées, chaque soir et pourraient en plus avoir des temps de remédiation.

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N’était-il pas acquis qu’une des difficultés à l’entrée au collège est la multiplication soudaine du nombre d’adultes auxquels l’élève doit s’adapter ?

 

Force est de constater que l’enseignement unique au collège, toujours propédeutique du lycée général, fait des dégâts.

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Mais donner la possibilité de quitter le collège plus tôt, pour un apprentissage-junior, ou proposer dès la quatrième une option de découverte professionnelle, parce que l’on est en ZEP, cela représente quelle insertion professionnelle et sociale future ?

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Pourquoi tait-on le fait que le système scolaire, s’il laisse partir trop de jeunes sans qualification, crée surtout trop de diplômés de niveau V, dont la perspective d’avenir est limitée ?

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N’avions-nous pas des ambitions d’Europe de l’Education ?

 

En attendant que  l’Education Prioritaire se réorganise, le plan de cohésion sociale, hors Education Nationale, se concrétise dans des Projets de Réussite Educative (PRE). Nos partenaires de ZEP, impliqués dans ces PRE abondamment subventionnés, nous laissent le repérage des jeunes les plus en difficulté et vont prendre ensuite en charge le problème dans sa globalité familiale, sociale et scolaire.

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A quoi servent les services sociaux et de santé dans l’Education Nationale ?

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Y a-t-il des pré-requis pour entrer au collège ? Pré-requis que le système scolaire ne pourrait pas faire acquérir ?

 

Mettre en place une nouvelle Education Prioritaire (la notion de Zone a disparu) est une nécessité.

Aider prioritairement les individus qui en ont le plus besoin semble généreux.

Mais on connaît trop la corrélation entre les difficultés scolaires d’un enfant et les conditions de vie auxquelles il est confronté pour ne pas s’inquiéter de cette nouvelle politique, dans une zone où plus de 80% des élèves sont boursiers :

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Entrer dans une responsabilisation des parents, n’est-ce pas dédouaner l’Ecole des siennes ? Où est la notion d’éducation partagée ?

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Rendre les parents responsables (et coupables ?) des échecs scolaires de leurs enfants, c’est se débarrasser à bon compte de l’incapacité de l’Education Nationale à garder de la mixité sociale dans ses établissements secondaires.

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Dans cette logique individualiste, que deviennent ceux qui ne sont pas élus ?

 

Résister, proposer, œuvrer pour une éducation formatrice, émancipatrice et culturelle, dans un tel climat, c’est un sacerdoce que l’on demande aux enseignants usés par l’assimilation de l’éducation prioritaire au danger de travailler dans les « banlieues », usés par l’écart entre les valeurs qu’ils portent et celles que les élèves reconnaissent, usés de l’absence de reconnaissance pour le travail réalisé.

 

Il leur serait si facile d’accepter les décisions démagogiques qui se profilent : Ne changez rien, ne réfléchissez pas à d’autres formes d’enseignement, nous allons vous débarrasser des sauvageons.

Bernard Le Borgne Nantes

 

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REFORMES, VOUS AVEZ DIT REFORMES….

 

 

Monsieur François Fillon est-il en mission et quelles missions ? Mission de restauration du prestige de l’école, de la réformer ou mission de revenir au conservatisme, au conformisme éducatif ?

 

On peut s’étonner de la volonté inébranlable de notre ministre de réformer l’école dans son ensemble et dans ses aspects institutionnels  depuis qu’il a pris les rênes de ce joyau qu’est le ministère de l’éducation nationale et de la recherche. Monsieur Fillon affirme vouloir rendre l’école plus juste, plus efficace, plus ouverte. Or les mesures jusqu’ici annoncées, défendues et imposées, et ce n’est pas la future loi d’orientation actuellement en discussion qui apportera un net démenti, ne semblent pas s’orienter vers cette école plus juste, plus efficace et plus ouverte.

 

1) Le nouveau conseil de discipline au service de la liberté de l’EPLE ?

Que souhaite Monsieur Fillon en modifiant la composition du conseil de discipline depuis la rentrée 2004,  le nombre de personnels internes est renforcé par rapport aux usagers, élèves et parents ? en réinstaurant les punitions collectives alors que les textes de juillet 2000 qui affirmaient les principes généraux du droit dans les EPLE arrivaient à peine à maturité dans les esprits ? en redonnant le pouvoir ultime au conseil de classe, et donc aux enseignants, de faire redoubler un élève ? en supprimant les travaux personnels encadrés (TPE) en terminales au profit du bachotage ? La finalité de ces mesures consiste-t-elle à rendre l’école plus juste, plus efficace, plus ouverte. On peut tout de même en douter.

 

La composition du conseil de discipline était effectivement une aberration, elle excluait l’adjoint du chef d’établissement et elle bloquait certaines décisions.

 

S’il fallait à juste titre réintroduire l’adjoint, il ne fallait pas trop déséquilibrer la composition au seul profit des personnels, mettant de fait fin à l’obligation de dialogue, de remédiation, de solutions  alternatives. La tentation normale est d’utiliser le pouvoir dont on dispose et il est à craindre que le nombre d’exclusions définitives s’amplifiera avec cette nouvelle composition du conseil de discipline. Beaucoup de collègues vivent des souffrances insoupçonnées, sont démotivés, ne se sentent pas considérés,  et la tentation naturelle est d’exclure l’objet prétendu de leurs maux, faute de pouvoir entamer une épreuve de force avec leur institution, leur hiérarchie, craignant désormais d’être touchés au portefeuille. Cette tentation existait déjà, elle risque de croître exponentiellement désormais.  Pourquoi s’obliger à comprendre, à mesurer, à proposer, à dialoguer quand on peut se passer plus aisément  de l’objet du délit, du vilain petit canard qui interpelle, met en difficulté, crée de l’anormalité où tout doit être normé ?

 

2) Les punitions collectives au service de la liberté pédagogique ?

 La réinstauration des punitions collectives, même si dans la circulaire cette expression n’est jamais employée, constitue non seulement un non sens éducatif mais aussi un fort  recul, une capitulation devant la force, le déni de démocratie. Cette réinstauration va créer au sein des EPLE des tensions permanentes. Là encore, les textes de juillet 2000 ont subi une entorse notoire. Après une période de tergiversations, chacun commençait à trouver son compte et ses intérêts dans l’application de ces textes qui avait introduit au sein des EPLE les principes généraux du droit : la proportionnalité des sanctions qui les rendent éducatives, l’individualisation, une faute, une personne, le débat contradictoire, la vérité n’est détenue par personne, elle est souvent au milieu.

 

Ces textes nous contraignaient à  passer par des phases, des étapes et des mesures appropriées en fonction de la faute et de la personne de l’élève. Celui-ci était devenu sujet, acteur de ses actes. Sa parole était entendue, même si elle restait insatisfaite. Le but ne consistait pas à satisfaire sa parole, mais à l’entendre, à la prendre en compte, à la valoriser.  Certes, ces textes ont été vécus par le corps enseignant (professeurs, CPE) et par certaines directions comme une défiance face à leur autorité et à leur légitimité, certes, leur application n’était pas toujours aisée, certes, ils compliquaient la gestion de certaines crises mais  ils commençaient à rentrer dans les mœurs, chacun se sentant responsable de ses actes, élèves, comme personnels. Il ne suffisait pas de demander une sanction pour l’obtenir de facto. Les étapes consécutives imposées par les textes de juillet 2000 avant l’application d’une sanction constituaient souvent des moments où l’on pouvait faire chuter la tension , établir une médiation entre les parties, rapprocher les points de vue, et contractualiser « un nouveau vivre ensemble » dans la classe ou dans l’établissement.  Ils avaient le mérite de rappeler que l‘EPLE ne peut pas être un lieu où s’exerce la toute-puissance, où le droit et la démocratie en apprentissage  sont constitutifs de la formation à la citoyenneté et de la formation à la vie sociale. En revenant sur une partie de ces textes, accordant le droit aux punitions collectives, elles vont compliquer la tâche de la vie scolaire qui va être dépossédée de ses moyens de médiation et de la direction puisque l’enseignant ne sera tenu qu’à l’informer.

 

Finalement, au fil de l’application de ces textes de juillet 2000, et notamment pour les élèves,  s’instauraient dialogue, confiance,  sentiment d’être valorisé dans sa parole et dans sa personne. Les punitions collectives vont annihiler cet espace de dialogue, de confrontation. Elles exaltent la dénonciation, le sentiment d’injustice qui vont générer des conflits, des violences. Qui va admettre de se faire punir à la place d’un autre ? Quel parent acceptera de voir son enfant souffrir du comportement d’un autre ? Les plaintes vont d’avantage pulluler et engorger le bureau des responsables des EPLE et de la justice.

 

D’autant plus que certains enseignants ou CPE vont punir collectivement par commodité ou par peur d’affronter l’élève fautif, celui-là même qui s’impose comme un petit caïd, qui terrorise. Qui en sortira grandi ?  Les risques de désorganisation, de pression, de tensions, de manipulation engendrés par une telle mesure me semblent plus forts que ceux visant à restaurer la liberté pédagogique, l’autorité  des enseignants dans leur classe ou des personnels.

 

Et d’ailleurs qui était demandeur d’un tel retour, tout acteur conscient sait combien cette mesure mettra le feu dans certains établissements sensibles, où il suffit de peu pour que la classe échappe à tout contrôle. Bien sûr, tous les actes de violence, d’anti-pédagogie n’étaient pas expliqués, certains auteurs ont pu et/ou  su se mettre à l’abri mais cet état de fait est le même pour la société, tous les délits ou crimes ne sont pas résolus, loin de là. Ce n’est pas pour autant que l’on condamne tout un village parce qu’un de ses habitants se livrerait à un assassinat ou à un viol. Et s’il y a dénonciation, cette démarche ne peut être qu’une affaire de conscience et de responsabilité individuelle, souhaitant faire progresser la justice, et non une contrainte. Sinon, il n’y a plus de citoyenneté responsable, plus de conscience. A chacun d’assumer ses actes et d’en recevoir la sanction qui va avec. Ou de ne pas l’assumer en sachant qu’un jour ou l’autre il sera démasqué. Mais s’il revient aux autres de payer pour un élève fautif, le petit jeu va consister à prendre la classe en otage et à placer l’enseignant en constante difficulté. L’intérêt pour lui est de sortir du face-à-face et de faire appel à une tierce personne, plus objective, capable de dénouer le tissage quelques fois très entrelacé.

 

Les punitions collectives ne favoriseront ni l’efficacité ni la justice. Bien au contraire ! Peut être que finalement, il existe un lien entre la nouvelle composition du conseil de discipline et la réinstauration des punitions collectives.

 

3) La suppression des TPE au service de la liberté des élèves ?

 La suppression des travaux personnels encadrés (TPE) confirmée par un décret récent  malgré un avis négatif du conseil supérieur de l’éducation interpelle aussi. Les TPE  qui datent  de 1999 avec la réforme des lycées étaient appréciés des élèves, des parents et des enseignants. Les TPE permettent la mise en synergie des disciplines, la mise en commun, la réflexion et l’organisation autour d’un projet commun, ils favorisent le travail en groupe, la méthodologie de la recherche, développent l’implication et la motivation de beaucoup d’élèves qui voient en eux un décloisonnement et une valorisation de leur travail.

 

Les TPE constituent aussi une excellente préparation aux méthodes d’organisation et de travail qu’exige l’enseignement supérieur. Et voilà qu’ils sont déclarés inefficaces, voire irréels puisque la plupart des heures dévolues seraient allouées au bachotage selon le ministère. Curieux ! En se faisant pointer ainsi, les enseignants ont-ils l’impression d’être renforcés dans leur autorité pédagogique et dans la confiance que leur fait leur hiérarchie ?

 

 Voilà une mesure, comme les projets pluridisciplinaires à caractère professionnel (PPCP) en lycées professionnels ou les itinéraires de découvertes  (IDD) aux collèges, qui réduit justement les inégalités, est efficace et qui devient, d’un coup de baguette magique, nuisible et est donc déclarée inapte. Pour être remplacée par quoi, de plus juste et de plus efficace ? Rien ! Pour le moment.

 

 

4) Le redoublement , quels objectifs ?

Le redoublement sera, si le projet va au bout,  in fine du ressort du chef d’établissement. S’il est affligeant de constater que les élèves passent de cycles en cycles, de classe en classe sans savoir lire, écrire, compter, l’on sait aussi que le redoublement est loin d’être une solution efficace pour de nombreux élèves. Certains élèves auront beau redoubler 2 ou trois fois qu’ils n’acquérront pas les bases. Il leur faut d’autres structures plus adaptées, d’autres pédagogies. Ils quitteront au bout d’un certain nombre de redoublements l’école sans qualification, ils viendront gonfler les chiffres des élèves ayant quitté le système sans avoir acquis le socle commun. Il faut plutôt réfléchir sur comment faire pour prendre en compte ces élèves en difficultés d’apprentissage. Les aider à apprendre autrement, les intéresser d’abord à la chose scolaire, apporter certaines solutions à leurs difficultés sociales, psychologiques avant de vouloir  leur inculquer du savoir, de penser à d’autres méthodes d’acquisition des connaissances et des compétences, avant de signer un contrat individuel de réussite avec eux… Le redoublement correspond aux élèves qui, s’inscrivant déjà dans une démarche d’intérêt pour l’école, n’ont pas pu ou su à un moment précis acquérir les savoirs et compétences pour prétendre à la classe supérieure. Ces élèves qui  ont  effectivement besoin d’une aide et/ou d’une année  supplémentaires pour mûrir et affermir leurs connaissances et compétences.  Posons-nous la question, pourquoi le redoublement quasi inexistant dans certains pays, proches de nous, n’empêche pas les élèves d’avoir un niveau plus élevé que les nôtres. Et toutes les études récentes n’ont-elles pas démontré l’efficacité toute relative du redoublement.   

 

5) La nouvelle troisième,  une vraie classe … ?

De même la classe de 3ème projet à voie professionnelle dit 3ème PVP qui a pour but de favoriser la découverte des matières professionnelles, du lycée professionnel et du monde de l’entreprise est-elle une chance lorsque l’on sait combien le lycée professionnel a été désarmé, « désoutillé » pour former les élèves aux exigences du monde professionnel ? Les horaires des matières professionnelles ont été fortement abaissés,  les stages réduits en peau de chagrin, la démotivation des élèves de certaines sections arrivés par défaut ou faute d’une orientation bien préparée, ou encore déçus par ce qu’ils y font, il faudra revaloriser le lycée professionnel, l’apprentissage et l’alternance avant de promouvoir la 3ème PVP. Quels élèves pourront y accéder, quelles modalités d’affectation ? Est-ce une 3ème pour ceux qui ne savent pas quoi faire, en échec scolaire ? Où sera-t-elle implantée, en collège, dans les lycées professionnels ? Quelles différences avec la 3ème d’insertion ? 

 

Une vraie éducation à l’orientation serait peut être davantage indispensable et étendue du CM1 à la terminale (bac ou bacs pro, en passant par les BEP et le collège). Et surtout mieux former les enseignants et les équipes, et pas uniquement les professeurs principaux, (et encore !) à cette éducation à l’orientation. Elle ne se détermine pas uniquement en fonction des résultats scolaires ou des préjugés fondés ou totalement subjectifs sur l’enseignement professionnel et le monde de l’entreprise.

 

 

6) La nouvelle loi d’orientation : peut-on en espérer l’émergence  d’une école juste, efficace, ouverte ?

La nouvelle loi d’orientation est-elle porteuse de bonnes nouvelles ? A voir à l’œuvre. Il faut espérer que la discussion au Parlement sera plus fructueuse et que la sagesse de nos parlementaires influera sur la frénésie de Monsieur Fillon.

 

Le socle commun, il faudra le définir plus précisément, notamment cette fameuse « culture humaniste et scientifique permettant l’exercice de la citoyenneté ». Son contenu dissipera-t-il les profondes inquiétudes des professeurs d’EPS, d’éducation esthétique, de sciences économiques et sociales ou encore des professionnels des arts et des défenseurs d’une école où l’approche et la maîtrise des activités culturelles participent aussi à la réduction des inégalités, à l’ouverture au monde, à la construction des représentations et de la vision de la société française et du monde dans leur multiplicité et complexité.  Si comme court la rumeur, sans doute infondée, l’EPS, l’éducation esthétique, les sciences économiques et sociales, les pratiques culturelles, l’apprentissage des langues anciennes ou rares ne deviennent que  facultatives, optionnelles, l’école deviendra-t-elle ainsi plus juste, plus efficace lorsque l’on sait que les élèves de milieux favorisés eux auront accès au sport, au théâtre, aux livres, aux musées, aux cours particuliers et que l’accès à la culture  constitue une des possibilités de découvrir son environnement, sa société et le monde.

 

Par ailleurs, l’idée de mettre en place un contrat individuel de réussite visant par des dispositifs et  des actions à concourir à la réussite scolaire peut se révéler une bonne idée s’il mobilise l’ensemble des équipes pédagogiques et éducatives, et non pas uniquement enseignantes, et s’il comporte des aspects concrets de pédagogie adaptée. Et que faire si ce contrat est refusé par l’élève ou ses parents ? Que faire si en cours de route, il est abandonné ? Combien de temps durera-t-il pour se révéler efficace ? L’élève sera-t-il évalué comme les autres qui ont pu suivre normalement ?

 

Et les élèves à qui on ne pourra proposer ni le redoublement ni un contrat individuel ni un approfondissement du socle commun, ceux qui n’ont pas leur place dans une structure telle que l’EPLE, que devrons-nous leur proposer ? Resteront-ils au sein de l’école en attendant de les exclure du système ? On n’aura donc pas atteint l’objectif des 100% de jeunes qui doivent quitter l’école munis d’une qualification. Les classes relais, (ou les dispositifs relais : ateliers ou classes) même triplées ou quintuplées ne permettront pas de relever ce défi.

 

Quant à la classe de 2nde restera-t-elle, ou plus précisément, deviendra-t-elle vraiment une classe de détermination et non de pré orientation pour l’enseignement supérieur.

 

 Enfin, la vie scolaire est superbement ignorée dans ce projet de loi. On n’y parle ni des conseillers principaux d’éducation (CPE), de leurs missions actuelles ou à venir, ni des instances représentatives et associatives, ni de l’établissement scolaire  comme lieu de vie. Plus grave, le CPE ne semble plus faire partie de l’équipe pédagogique puisque le texte ne fait référence qu’aux enseignants lorsqu’il évoque le futur conseil pédagogique, la transmission des connaissances. Même la note de vie scolaire, en soi une erreur puisqu’il y aura amalgame entre évaluation et comportement (une appréciation motivée  plutôt qu’une note chiffrée à la rigueur)  qui doit être attribuée pour l’obtention du brevet, et sans doute pour celle du bac, on ne sait pas si les CPE y seront associés.   

 

Conclusion

Le projet de loi est appelé à évoluer et il faudra attendre avant de juger même si l’orientation et/ou  la timidité de certaines mesures interrogent, inquiètent.

 

Monsieur Fillon veut restaurer l’autorité pédagogique et institutionnelle des enseignants et des personnels, c’est en vérité une demande constante. La société nous fait peur, l’école en subit les soubresauts. Il n’y a plus de sanctuaire, il nous faut nous ouvrir les uns vers les autres pour nous écouter, nous comprendre et vivre ensemble.

 

Certes, l’école est d’abord le lieu des apprentissages, fondamentaux ou étendus, certes l’école doit être un lieu où les élèves et les personnels se trouvent en totale sécurité physique et morale mais elle ne peut être totalement fermée non plus. Les élèves ne sont pas qu’élèves, ils ont au moins une triple vie (école, famille, amis ou fréquentations), quelques fois quatre ou cinq (quartiers, justice), et nous ne pouvons nier totalement ces vies, elles influent de toute manière sur la scolarité du jeune.

 

Restaurer l’autorité consistera à mon sens à aider aux personnels à la construire car l’autorité ne se décrète pas, elle se construit. Les enseignants comme les autres personnels auront plus d’autorité et de crédit s’ils ont davantage les moyens pour aider les jeunes à réussir, à se construire, à se former et à s’insérer. Ces moyens ne sont pas que matériels ou financiers, ils sont divers et variés. Et l’autorité existe que si elle est reconnue par ceux sur lesquels elle est exercée. Et nous ne serons point reconnus par les élèves et par les parents comme dépositaires d’une certaine autorité, d’une légitimité, si  nous imposons, si les sanctions tombent du ciel sans explication, sans dialogue, parce qu’elles ne seront pas éducatives, elles ne favoriseront pas la prise de conscience et ne viseront pas à aider le jeune à assumer seul ses responsabilités. Si le jeune a le sentiment d’être victime de notre injustice, de notre pouvoir sans limites. Si nous lui imposons le redoublement sans rien lui proposer avant, pendant  et/ou après, en contrepartie, pour légitimer le bien-fondé. Si nous utilisons le conseil de discipline pour nous faire plaisir ou à des fins d’obtention de la paix sociale, alors que des mesures de remédiations  demeurent possibles. Si nous ne  lui offrons pas la chance de réussir concrètement sa vie personnelle, sociale.

 

La mission de notre ministre consiste, si j’ai bien compris les promesses du candidat Jacques Chirac lors des campagnes présidentielles en 2002, réélu depuis Président de la république, à réformer l’école en réduisant les inégalités sociales, en apportant de nouvelles réponses plus appropriées, en l’adaptant aux exigences nouvelles, en l’engageant avec outils et armes dans le 21ème siècle.

 

A suivre, alors !

                           

Gardy BERTILI

Conseiller Principal d’Education (C.P.E.)

LP Jean Perrin à Saint-Cyr L’Ecole          

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Débat national sur l'avenir de l'école

 

A propos d’un vrai-faux débat…

Raymond Mallerin

 
 

Le Monde a normalement évoqué, dans son édition du 16-17/11/03, le Grand Débat sur le système éducatif lancé par le Gouvernement et dont l’organisation est confiée à une Commission présidée par Claude Thélot. Depuis quelques jours la presse est inondée d’immenses pages publicitaires relatives à cet événement. Je souhaiterais dire en quelques mots pourquoi je ne saurais approuver cette opération.

Je me méfie énormément de la vox populi dans un domaine où les passions sont exacerbées (voile, violence, échec scolaire…). J'estime que les personnes, les chercheurs et les organismes les plus qualifiés ont suffisamment réfléchi  et écrit sur l'enseignement et le monde éducatif pour que le Ministre ait à sa disposition tous les éléments pour faire évoluer le système dans le bon sens s'il le souhaite.

De la multitude des réponses, nécessairement confuses et contradictoires, qui émaneront  de ce débat, le Ministre tirera ce qu'il souhaite et qui me paraît déjà plus ou moins ficelé : abandon déguisé mais réel de la belle ambition du collège unique, primauté de l'instruction par rapport à l'éducation, retour à "l'ordre et à la discipline", sanctuarisation et fermeture  de l'école, condamnation des pédagogies innovantes et de la vie démocratique dans les établissements. 

Dans le questionnaire proposé, il n'est pour ainsi dire pas — ou très peu— question des finalités profondes de l’Ecole, des problèmes de pédagogie, de l'autonomie des établissements et de leurs projets, de vie scolaire, d'action éducative et socioculturelle ( le lien avec les entreprises est largement présenté, mais rien sur les liens avec les associations culturelles et le monde de l'art )… Il est révélateur que ne figure pas parmi les membres de la Commission un éminent spécialiste et praticien de l’enseignement comme Philippe Meirieu. Tout aussi significatif est le fait que la Commission ne compte, sur ses 54 membres, qu’un seul élève !

Claude Thélot montre d’ailleurs assez l’hypocrisie de l’opération quand il dit : « Si le débat reflète correctement ce que les Français pensent, le Gouvernement en tiendra compte. » Qui donc appréciera ce correctement sinon le gouvernement lui même, juge et partie.

On le voit : les dés sont pipés. Il ne s’agit donc que d’un vrai-faux débat. Je ne le cautionnerai pas.

 

A propos de prévention et de limites…

Raymond Mallerin

 
 

Après Luc Ferry, voici maintenant Xavier Darcos qui utilise les colonnes du Monde  (édition du 21/11/03) pour venir nous exposer sa conception de l’Ecole de demain. Curieuse conception du « Grand  Débat », mis en place par l’attelage ministériel ! On jure que l’on tiendra compte des propositions qui sortiront de cette consultation, mais en même temps, on définit à l’avance les grandes orientations de la future loi d’orientation.. 

Mais que nous dit Xavier Darcos, dans son article ?  Essentiellement deux choses : 1. la prévention de la violence n’a rien à voir avec la volonté de réforme sociale et économique ni avec la lutte contre l’exclusion. 2. la véritable prévention est à mettre en place dans le seul domaine de l’Education et elle consiste essentiellement à « enseigner les limites » à  l’Ecole.

A l’appui de sa première affirmation, il nous dit que tout ce qu’on a pu raconter relativement à l’influence de la déréliction économique et sociale sur le développement de la violence n’est que vétilles et que de nombreuses études ont montré qu’il n’y avait pas de lien de cause à effet entre les deux phénomènes. On aimerait bien connaître ces fameuses études. Pour ma part, j’en connais d’innombrables et des plus sérieuses qui prouvent, au contraire, ce lien. L’affirmation de Monsieur Darcos est dangereuse car elle rejette au second plan les réformes de la société pour privilégier la seule sphère de l’Education comme lieu de la prévention.

Sa deuxième affirmation est, elle, très spécieuse. Tout, dans la lutte contre la violence à l’Ecole, passerait par « l’enseignement des limites ». Et, à lire Xavier Darcos, on comprend bien que ces limites se confondent avec la mise en place de règles formelles et strictes que les élèves n’auraient pas besoin de comprendre. « N’a-t-il pas fallu, nous dit-il, de tout temps enseigner des normes à des êtres pour qui, au départ, elles ne signifiaient rien ? »  Et le Ministre nous énumère un certain nombre des dispositions qu’il préconise. La plupart d’entre elles ou bien existent déjà ou ont un caractère purement symbolique (comme la suggestion du port de l’uniforme), mais révélateur de l’esprit d’autoritarisme des réformes envisagées.

La multiplication des règles formelles, de ces fameuses limites n’aura en effet aucune efficacité si elle ne s’accompagne pas de toute une politique d’action éducative, à base de dialogue, dans la classe comme dans l’établissement, dont le Ministre ne dit aucun mot. Et cette action éducative à l’Ecole, elle-même, ne pourra avoir de sens que si, en même temps, existe de la part de l’Etat, au niveau de la société, une véritable lutte contre l’injustice sociale. Ce n’est qu’en mettant en œuvre simultanément ces deux formes d’action qu’existera une véritable prévention de la violence .

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